L’Esprit Saint et les charismes dans l’Église catholique

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Dans notre cheminement théologique appelé théologie pour tous, nous exposons chaque semaine une thématique aux chrétiens catholiques. Car la théologie n’est pas une science réservée mais c’est Dieu qui nous invite à échanger avec lui. Aujourd’hui, balbutions ensemble autour de l’Esprit saint et la question des charismes.

Qui est le Saint Esprit ?

Dans le christianisme, le saint Esprit n’est pas d’abord une force. Il ne faut pas confondre le saint Esprit avec les esprits des génies, des féticheurs. Le saint Esprit n’est pas une force qui emporte et téléguide le chrétien dans une transe. Le saint Esprit n’est pas une puissance qui vient mettre le chrétien en extase ou dans un autre état comme les puissances de baal ou des esprits des eaux.
Le saint Esprit est Dieu. Il est la troisième Personne ou hypostase de la Trinité. Dans les Écritures, le saint Esprit était avant la création (Gn 1,1). Le saint Esprit est Dieu raison pour laquelle, nous affirmons dans le Credo de Nicée-Constantinople qu’Il reçoit avec le Père et le Fils, « même adoration et même gloire ».
Contrairement au Fils qui est engendré par le Père, l’Esprit n’est pas engendré. L’Esprit spire du Père, c’est à dire qu’Il sort du Père, Il est une partie du Père. Donc la relation entre le saint Esprit et le Père est celle de la spiration. Étant donné que l’Esprit sort de Dieu le Père, Il est donc consubstantiel au Père. Souvent, nous réduisons l’Esprit saint à une simple force que nous invoquons pendant nos exorcismes ou nos prières ou évangélisations. Si nous ne faisons pas attention nous deviendrons des pneumatomaques, c’est à dire ceux qui nient la divinité de l’Esprit, ceux qui considèrent l’Esprit comme une simple force. Et notons qu’en l’an 381, au concile de Constantinople, ces hérétiques ont été condamnés. C’est à ce concile que l’Église a introduit la confession de foi: « Je crois au saint Esprit qui est Seigneur et qui donne la vie, qui avec le Père et le Fils est coadoré et coglorifié ».

La place de l’Esprit Saint dans la vie du chrétien

Jésus-Christ dans l’évangile de Jean promet d’envoyer l’Esprit Saint aux apôtres pour que ce dernier les conduise à connaître la vérité tout entière. Donc la mission assignée par le Père et le Fils à L’Esprit c’est de conduire les chrétiens à la vérité (Jn 15,26-27 ; Jn 16,12-13). De quelle vérité dont il s’agit ?
La vérité que l’Esprit nous aide à découvrir c’est d’aimer la Trinité, d’être témoin de la résurrection et de vivre selon le message du Christ.
La mission de l’Esprit saint ne constitue donc pas en des visions, en des transes, en des paroles de connaissance. Non, l’Esprit marche avec nous pour nous aider à comprendre les Écritures et à découvrir une Personne: le Christ. Saint Paul nous dit que sans le Saint Esprit nous ne pouvons pas appeler Dieu: Père. Et sans l’Esprit saint nous ne pouvons pas dire que le Christ est l’unique Seigneur (1Co12,3).

L’Esprit saint est-il libre?

“Le Vent souffle où Il veut, et toi tu entends sa voix. Mais tu ne sais d’où Il vient. Et tu ne sais pas où Il va: le Vent” (Jn 3,8). L’Esprit Saint n’est donc pas la propriété privée d’une personne, d’un pasteur, d’un berger, d’un prêtre ou d’un groupe charismatique. L’Esprit est Dieu. Dès lors, l’Esprit est libre dans ses actions. Il n’agit pas et ne se manifeste pas seulement chez un groupe d’individus. L’Esprit peut se manifester partout et chez tous. L’Esprit saint n’est pas une puissance ou un pouvoir réservé à des élus ou à une classe ou encore à des communautés bien précises. L’Esprit agit dans le monde là où Il veut et comme Il veut. Aujourd’hui il y a des chrétiens qui pensent être des privilégiés de l’Esprit saint. Certains s’imaginent être des donneurs d’ordre à l’Esprit saint. Quand ils disent à “l’Esprit va Il va”. Personne n’a le monopole de l’Esprit.
Dans sa lettre aux Corinthiens, Paul fait une mise au point au sujet de l’ordre dans la communauté et de l’agir de l’Esprit. Car la liberté de l’Esprit saint exige la discipline et un discernement (1Co 14,26-33). Dans nos communautés de prière aujourd’hui, l’Esprit saint est devenu un esprit de désordre. On attribue tout à l’Esprit saint. Le paganisme, les imaginations, les humeurs, les rêves et le syncrétisme sont attribués à l’Esprit saint sans discernement de l’Église. Au nom de la liberté de l’Esprit saint, nous lui attribuons l’anarchie. L’Esprit saint n’est pas un Dieu du désordre mais un Esprit de l’ordre. L’Esprit Saint n’est pas un sujet de manipulation et d’une stratégie de commerce et de vente de bénédictions.

Les charismes de l’Esprit saint

L’Esprit saint comble les chrétiens de dons pour les aider dans la vie active, dans leur quotidien à sortir victorieux mais surtout à affronter la vie (Is 11,2). Le rôle de l’Esprit saint c’est d’aider le chrétien dans son quotidien. Raison pour laquelle chaque jour le chrétien doit méditer le veni Creator Spiritus. Les dons qu’on appelle aussi les charismes viennent de Dieu en vue de servir Dieu, l’Église et le monde. Les charismes ne sont pas des diplômes ou des promotions pour s’imposer aux autres. Celui qui reçoit un don de Dieu devient humble, simple et discret. On n’utilise pas un charisme à but lucratif, pour sa propre gloire, pour sa richesse personnelle. Car Dieu qui t’a octroyé le charisme peut le retirer librement. Quand le charisme devient de l’orgueil dans l’Église, on devient un instrument qui fait du bruit.

Les fruits de l’Esprit

Selon saint Paul, celui qui vit en se laissant guider par l’Esprit Saint, porte les fruits suivants:
“Charité, joie, paix, patience, longanimité, bonté, mansuétude, bénignité, douceur, mansuétude, modestie, continence et chasteté” (Gal 5,22-23).
Aujourd’hui, les chrétiens préfèrent les charismes par rapport aux fruits. On veut parler en langue mais on ne veut pas aimer. On demande le don de prophétie mais on ne demande pas le fruit de la fidélité. On veut le don de guérison mais on préfère rester maîtresse. On passe à toutes les évangélisations mais on ne pratique aucun fruit de l’Esprit saint. Le même qui est charismatique est le premier qui refuse de tolérer. On aime les charismes et on refuse les fruits de l’Esprit. Pour le bien de nos âmes, recherchons d’abord à porter les fruits de l’Esprit et viendront les charismes. Ce sont les fruits qui doivent être au premier plan et non les charismes.

Que retenir ?

Le constat que nous faisons aujourd’hui dans nos églises africaines, c’est la course à la recherche des charismes. Tout le monde veut guérir, tout le monde veut faire des miracles, tout le monde veut parler en langue. Oui puisque les chrétiens sont devenus des clients qui donnent, qui cherchent l’emploi, le mariage, les protections, ils sont devenus des chrétiens qui achètent des grâces, il faut répondre à leurs besoins même si nous sommes dans le faux. On ne cherche pas les fruits de l’Esprit, mais les charismes, parce qu’il y a de l’argent « dedans » mais pas Dieu. Donc on est capable d’aller dans le tanoé, dans le poro, dans le vodou, chez des féticheurs pour avoir un pouvoir qu’on attribuera à Dieu.
C’est pourquoi nous avons beaucoup de retraites de miracle, des centaines d’évangélisation et de séance de délivrance mais peu d’amour dans les familles, pas de pardon dans nos pays. Retenons que tout passera, les prophéties passeront, les miracles disparaîtront, les paroles de connaissance disparaitront mais seul l’amour, la foi, l’espérance et la charité seront éternels. Là où il y a l’amour, Dieu fera des miracles sans tapages (1 Co 13).

Père Marius Hervé Djadji
Docteur en théologie dogmatique

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