Le jugement et ses issues

0

« Il reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts ». Cette phrase du credo qui tire sa source de plusieurs passages bibliques nous plonge dans une atmosphère de jugement. En effet, les hommes de tous les siècles tentent de se représenter ce jugement. D’ailleurs, cela a donné cours à de multiples représentations allant des plus effroyables à l’idée d’un jugement comme simple formalité. Disons en bref que ces images prennent très souvent la couleur du contexte qui les a vues naître. Toutefois, relevons qu’un constat général lie le jugement à l’idée d’une culpabilité ou d’une présomption de culpabilité, car l’on se dit, en général, que s’il faut comparaître : c’est soit en raison d’une culpabilité, soit en raison de soupçons qui pèsent sur un quidam. D’aucun pourrait même ajouter si ce n’est pas parce que l’on est mis en cause qu’irait-on chercher devant un juge ? Somme toute, cette idée du tribunal a gauchi notre conception du jugement de Dieu qui touche tout le monde et non une catégorie de personnes.

Oublions un tant soit peu le schéma mettant en scène un justicier, un justiciable et un accusé ou mis en examen, car dans le tribunal de Dieu personne n’accuse personne. Personne n’est à la recherche d’un coupable. Le Seigneur nous disait d’ailleurs à cet effet qu’il n’est pas venu juger mais plutôt sauver. S’il y a donc quelque chose à juger dans ce tribunal, c’est notre volonté ou non d’accepter le salut qui vient de Dieu. Ce n’est qu’après cet exercice qui met en œuvre notre liberté que trois issues vont se dégager, à savoir l’enfer, le paradis et le purgatoire

L’enfer :

Rien qu’à en entendre parler, l’effroi nous saisit. La souffrance envisagée pour l’enfer choque certains de nos contemporains qui finisse par rejeter l’existence de l’enfer ou à dire que s’il existence vraiment, c’est qu’il est vide. Selon eux, la grande bonté de Dieu ne pourrait admettre son existence et si Dieu l’accepte, il devient un Dieu vengeur, rancunier, qui règlerait ses comptes à la fin. Ceux-là font fausse route.

L’existence de l’enfer n’altère en rien l’amour de Dieu. Bien au contraire, c’est la preuve que Dieu est amour et qu’il est respectueux des libertés.  D’ailleurs, Dieu n’a jamais créé l’enfer. C’est l’homme qui, en se renfermant par manque d’amour, crée son enfer.  Nous dirons que l’enfer est l’état de l’homme qui s’enferme. Il se coupe de Dieu et du prochain. Ainsi commence son enfer, même sur terre.

Alors, le jugement prononcé par Dieu ne sera qu’une simple ratification du choix opéré par l’homme librement. L’amour de Dieu s’exprime dans le simple fait de ne pas imposer sa présence à celui qui l’a rejeté volontairement. Il en découle une souffrance atroce : celle de ne pas voir Dieu ni son prochain. Or, l’homme est créé pour aimer et être aimé. Et qui dit amour, dit tension vers l’autre. En enfer, l’on est habité du désir de voir Dieu sans pouvoir le voir, nous exposant alors au feu du désespoir qui est en réalité le feu de l’enfer.

Le paradis :

A l’opposé de l’enfer où l’amour n’est pas aimé,  le paradis ou ciel est une véritable rencontre d’amour entre Dieu et ceux qui l’ont cherché de tout cœur. Aller au Ciel, c’est voir Dieu facie ad facem, face à face, et jouir de sa présence. Le catéchisme de l’Eglise catholique au numéro 1028 nous dit : «  A cause de sa transcendance, Dieu ne peut être vu tel qu’il est que lorsqu’il ouvre Lui-même son mystère à la contemplation immédiate de l’homme et qu’il lui en donne la capacité ». Partant de cela, nous pourrons en déduire que le paradis consiste dans la possibilité que Dieu donne à chaque homme de le voir tel qu’il est par sa révélation complète et par la capacité qu’il octroie à l’homme.

La capacité donnée à l’homme de voir Dieu est liée à la résurrection de la chair qui nous rend semblable à Dieu et nous rend alors capable de le voir tel qu’il est (Cf. 1Jn 3, 2). Il faut mourir corps animal et ressusciter corps spirituel (Cf. 1Co15, 44) pour voir Dieu tel qu’il est. Nous en conclurons que la mort produit en nous une transformation qu’on appelle résurrection de la chair et qui nous permet non seulement de voir Dieu tel qu’il est, mais également d’entrer en communion parfaite avec lui.

Le purgatoire :

Le terme de purgatoire vient du latin purgatorius désignant un feu purificateur. Il touche les personnes qui meurent dans l’amitié de Dieu, qui cependant auraient besoin d’une purification parce que le cœur n’est pas totalement tourné vers Dieu, ce qui veut dire que leur cœur est partagé. Ces personnes sont assurées d’entrer dans la joie du ciel, mais elles doivent souffrir le purgatoire pour obtenir la sainteté nécessaire pour s’y rendre. Pour utiliser une image nous dirons qu’elles doivent faire un détour pour se rendre propre et revêtir la tenue de noce. A ce propos, une mise au point s’impose. Il s’agit de préciser que le purgatoire n’est pas un châtiment. C’est juste une purification pour nous séparer de toutes les impuretés qui empêchent d’être transparents.

La doctrine du purgatoire s’inspire de 2 M 12,41-46. Passage qui met en scène l’intercession pour des défunts tombés au combat avec des idoles dissimulées dans leurs « paquetages » au travers de sacrifices offerts à Dieu en leur faveur. L’Eglise depuis les premiers temps a tiré de ce passage trois croyances : la foi en la résurrection, la foi en un pardon de Dieu pour ceux qui meurent dans une situation douteuse et la foi en la possibilité d’intercéder avec fruit pour les défunts1.

Le jugement de Dieu débouche sur trois issues qui sont la conséquence de l’orientation que nous voulons librement donner à notre vie sur terre. Dieu ne fait que prendre acte du choix que l’on consent librement. C’est le risque de notre liberté. C’est justement parce que nous sommes libres (nous ne sommes pas des automates) qu’il y a  jugement. Ledit jugement est juste une question d’effectuer un tri pour mettre d’un côté ceux qui cherchent Dieu de tout cœur et de l’autre ceux qui ne supportent pas sa présence. C’est donc à chacun de voir quelle orientation il a donné jusque-là à sa vie. Ce qui compte c’est l’option finale. Tant que nous vivons, il y a la possibilité soit de changer de vie pour la réorienter vers Dieu comme le Larron (Cf. Lc23, 35-49) si nous sommes sur le droit chemin, soit de garder le cap comme Eléazar (Cf. 2 M 6, 18-31) et pleins de saintes âmes  qui ont décidé de commencer à vivre leur Ciel sur terre en faisant du bien, si nous sommes sur des sentiers droits. C’est ce que nous souhaitons pour tout homme.

Révérend Père Fabrice Kigninlma COULIBALY


1. Cf.  BERNARD SESBOÜE, Le Christ hier aujourd’hui et demain, Desclée de Brouwer, Paris 2004, P. 70.

Share.

About Author

Leave A Reply