La dîme et l’offrande : Que dit l’Église catholique ?

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La question de la dîme dans le contexte actuel de l’Église de Côte d’Ivoire est une réalité sur laquelle le fidèle laïc ne sait plus l’attitude à avoir puisqu’il y a des enseignements contradictoires entre ce que disent les responsables de communautés nouvelles et groupes charismatiques et ce qu’enseignent les prêtres. Car dans notre Église aujourd’hui, cohabitent les chrétiens évangélico-catholiques et les fidèles catholiques qui respectent leur doctrine. Quelle est la position de l’Église ?

L’Ancien Testament

Dans le livre de la Genèse (Gn 4, 3-4), Abel et Caïn font une offrande à Dieu. En Gn 14, 18 Abram donne la dîme comme offrande à Melkisédeq roi de Salem. L’élément théologique dans la rencontre entre Abram et Melkisédeq est la bénédiction que reçoit Abram quand il fait son don. Avec Abel et Melkisédeq, nous retenons une action de grâce libre. Ce n’est pas Yahvé qui a imposé un prélèvement.

La dîme imposée dans l’ancien testament

Dans le livre de lévitique, Dieu invite le peuple à s’acquitter de la dîme (Lv 27). Dans le livre des Nombres, Yahvé fait de la dîme le revenu des prêtres, les Lévites (Nb 18, 25-29). Dans le livre de Malachie, la dîme est imposée par Yahvé. En résumé, dans l’Ancien Testament, avec Caïn et Abel, Abram et Melkisédeq il est question d’une offrande libre, d’une dîme qui n’est pas imposée. Ensuite nous passons à une dîme imposée par Dieu lui-même. Donc dans l’ancien testament, l’auteur de la dîme est Yahvé, les destinataires de la dîme sont les prêtres, et la dîme doit aider les plus faibles du peuple et est donnée pour l’organisation du culte. Déjà dans l’ancien testament, ce n’est pas tout le monde qui recevait la dîme : ce sont les prêtres.

Le Nouveau Testament

Dans les évangiles, les différents récits dans lesquels la dîme est mentionnée, sont des références qui renvoient aux prescriptions de l’ancien testament (Mt 23,23). Dans les enseignements du Christ, il est question de lien entre l’offrande et la vie vertueuse et évangélique. Avec le Christ, il ne suffit pas de donner à Dieu mais vivre la Bonne Nouvelle. Jésus invite à faire l’offrande et l’aumône (Mt 25,40) ; Mt 10, 40-42 ; Mt 5,41-48 ; Mt 6,1-4)). La nouveauté apportée par le Christ est le lien entre le vertical (Offrir à Dieu) et l’horizontal (l’amour du prochain).

L’offrande et la dîme chez les premiers chrétiens

Dans le livre des Actes des apôtres, les épîtres et lettres, il est plus question d’offrande, d’aumône et de dons bien que la dîme ne soit pas exclue. La première communauté chrétienne dans le livre des Actes des apôtres va selon Michel Lauwers rompre avec la pratique juive de la dîme qui est celle de l’institution d’un impôt cultuel. Les apôtres ont plus développé dans la première communauté l’esprit de collecte, de solidarité et de partage entre les fidèles (Act 2,42-47). C’est cette évolution qui apparaîtra dans les cinq premiers siècles. L’Église une et indivise a très vite assimilée la dîme à une offrande dans le but de mener une redistribution des biens. Tertullien confirme cette pratique de l’offrande et du don au troisième siècle en précisant que chaque chrétien est invité librement à verser une cotisation pour la vie de la communauté et pour la charité. Mais c’est une pratique libre et non forcée ni obligée. Augustin présente l’aumône comme une vertu mais surtout sa valeur spirituelle qui est au-dessus de la dîme.

Peut-on parler de dîme ou d’offrande dans l’Église catholique ?

Dans la l’ancien testament, il était d’abord question d’une offrande libre ensuite nous sommes passés à la dîme imposée. A partir du Christ nous découvrons un retour à l’offrande. L’Église catholique utilisera le mot offrande. A partir du 16ème siècle, les confessions évangéliques et protestantes, pour marquer la division avec l’Église catholique vont utiliser le mot dîme donc il retourneront dans l’ancien testament. C’est pourquoi nous parlons d’offrandes chez les catholiques et de dîme imposée chez les protestants et évangéliques.

Quelles sont les finalités d’une offrande dans l’Église ?

Le Code de Droit canonique de 1983, stipule en son Canon 222 que : « Les fidèles sont tenus par l’obligation de subvenir aux besoins de l’Église afin qu’elle dispose de ce qui est nécessaire au culte divin, aux œuvres d’apostolat et de charité et à l’honnête subsistance de ses ministres ». L’offrande que le fidèle fait est destinée à l’organisation du culte divin, aux œuvres de charité et à l’honnête subsistance de ses ministres. En somme l’offrande est destinée à la vie et au fonctionnement de l’Église et non d’un groupe de prière, à une communauté.

A qui remettre l’offrande ?

Dans le livre des Actes des apôtres avec la première communauté chrétienne la question de l’offrande est devenue un fait ecclésial. Le nouveau peuple de Dieu s’est organisé en tenant compte de la pratique de l’offrande et du don. C’est pourquoi il est important de comprendre toute sorte d’offrande et de don dans une perspective ecclésiale.
Dans l’Église catholique c’est à Dieu que revient mon offrande. Mais je fais cette offrande à l’Église dans laquelle je suis membre. Cette Église est représentée par l’évêque premier berger dans le diocèse qui confie cette tâche aussi aux prêtres. Donc c’est aux ministres ordonnés prêtres, diacres et évêques qu’on remet l’offrande. Ce n’est pas la personne du ministre ordonné qu’on regarde en donnant mais ce qu’il représente : l’Église.
C’est pourquoi je ne tiens pas compte de mes relations avec le prêtre avant de donner sinon ce n’est plus une offrande mais une reconnaissance pour service rendu. Ce sont les offrandes, les quêtes, les dons, les deniers de culte qui permettent à l’Église de fonctionner. Dans une communauté nouvelle ou un groupe de prière, on peut organiser des cotisations pour la vie du groupe. Mais les dons, offrandes mensuelles, hebdomadaires ou annuelles reviennent aux prêtres pour la vie de l’Église et non aux bergers, modérateurs et prophètes. Si l’Église ne reçoit plus d’offrandes, de dons elle ne pourra plus vivre. De même il faut noter que dans l’Église catholique la grâce ne dépend pas de la valeur de ton offrande. Aussi il faut relever qu’à l’instar de Melkisédeq, le prêtre bénit l’offrande car c’est lui qui est ordonné pour porter nos dons à Dieu. N’oublions pas que l’offrande d’un catholique au Japon peut aider à la construction d’une chapelle à Daloa. C’est l’expression de la communion dans l’Église. Donc dans l’Église catholique on ne parle pas de dîme mais d’offrande donnée aux prêtres pour la vie de l’Eglise une, sainte, catholique et apostolique (Cf. Les Constitutions apostoliques livre II).

Père Marius Hervé Djadji
Docteur en théologie dogmatique

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